Alexandra Flahault, coordinatrice d'intimité au Studio Muller : un métier essentiel pour protéger les comédiens

Alexandra Flahault, coordinatrice d'intimité au Studio Muller : un métier essentiel pour protéger les comédiens

Alexandra Flahault, coordinatrice d'intimité au Studio Muller : un métier essentiel pour protéger les comédiens

Femme multicasquette passionnée par la communication et le yoga, Alexandra Flahault est également coordinatrice d’intimité. Une profession encore méconnue il y a quelques années, devenue essentielle à la suite de l’affaire Weinstein et de l’avènement du mouvement Me Too. C’est au Studio Muller, école de théâtre parisienne où elle enseigne depuis 6 ans, que nous la rencontrons à l’occasion d’un cours donné aux apprentis comédiens. Trois heures intenses afin de mieux comprendre l’importance du consentement dans un univers où vulnérabilité et exposition font partie intégrante du travail artistique.

Vous exercez un métier encore méconnu : coordinatrice d’intimité. Parlez-nous de votre parcours.

A.F : J’ai eu la chance d’avoir une éducation extrêmement importante au niveau des arts. Lors de la validation de mon master en communication, j’ai porté mon attention sur comment les techniques de communications pouvaient impacter drastiquement les interactions entre individus. Cela passait essentiellement par une communication corporelle, et donc comment jouer de la communication corporelle pour influencer de manière positive les échanges dans le milieu social et professionnel. Pour aller plus loin dans les techniques psycho-corporelles, je suis partie en Inde me former dans une école afin de devenir professeure de yoga. La formation m’a permis d’accentuer mes connaissances en anatomie du corps et en pratiques méditatives afin de comprendre comment faire de ce melting pot un moyen pour les appliquer en méthode de coaching en cours avec les élèves et les comédiens qui sont déjà sur le marché du cinéma. Parallèlement à ce coaching, avec l’émergence du métier de coordinatrice d'intimité en 2017 suite au mouvement Me Too, je me suis formée dans une école aux États-Unis. Aujourd’hui en France, il n’y a toujours pas de certification existante, mais ça ne saurait tarder.

Vous intervenez au Studio Muller. Qu’enseignez-vous aux comédiens et comédiennes ?

A.F : Depuis 6 ans, j’enseigne aux élèves la puissance de la communication corporelle, et comment elle va impacter leur jeu. Cela passe par des moyens mnémotechniques et des répétitions d’exercices. À partir du moment où l’on se consacre au corps, on a l’obligation de répéter. Cela marche aussi dans l’oralité, afin qu’il y ait moins de babillages, de pollution sur des “du coup” ou “voilà” qui sont assez fréquents, de façon à ce que ce soit percutant, donc juste. C’est du jeu, mais il faut que ce soit juste.

Peu connu il y a quelques années, on parle de plus en plus de votre métier. En quoi consiste-il exactement ?

A.F : Il consiste à accompagner les réalisateurs dans leur vision créative, faciliter la collaboration avec les équipes techniques, et surtout préserver les artistes sur un plan émotionnel, physique, social et professionnel. Nos missions : le respect, la sécurité et la créativité de toutes les personnes impliquées dans le travail. HBO a été l’une des premières sociétés à mettre en avant la profession de coordinateur d’intimité. Néanmoins, cette profession a déjà une longue histoire sous un label différent. Elle était faite par des chorégraphes et des danseurs, surtout dans les arts du spectacle. Suite à l’affaire Weinstein, on a dû formaliser et expertiser une formation qui permettait de rendre quelque chose de très professionnalisant pour accompagner les comédiens dans ces scènes d’intimité, de nudité ou d’hyper exposition. 

Au début de votre cours, nous vous avons entendu dire aux élèves “dans le métier dans lequel vous allez, si vous n’arrivez pas à dire non, cela peut être dangereux”. Que vouliez-vous dire par là ?

A.F : De manière générale, ne pas savoir dire non est dangereux. On accepte des choses qui nous vont moyennement dans le but de faire plaisir. À partir du moment où vous sentez instinctivement que ça tire ou que vous dites oui pour ne pas avoir peur de blesser, ce n’est pas l’autre que vous blessez mais vous. Vous ne vous respectez pas. L’essence même d’une vie est d’avoir confiance en soi et de se respecter. Voilà pourquoi je dis ça.

Qu’est-ce que votre métier apporte à l’industrie cinématographique et au théâtre ?

A.F : La société part du principe que l’on partage tous une intimité quotidiennement. Parce que le travail des comédiens est le jeu, et qu’ils embrassent des rôles assez variés. On imagine donc qu’ils peuvent tout faire de manière naturelle et facile. Il ne faut pas oublier que les comédiens sont majoritairement des hypersensibles, des éponges à émotions. Ils ont cette envie de bien faire et de répondre aux attentes. C’est là que j’apprends aux comédiens à dire non, par le corps et par le verbal. Souvent, on a très envie d’épouser au maximum le souhait des réalisateurs et des metteurs en scène. De ce fait, on s’oublie un peu. Les comédiens travaillent avec le corps. S’ils n’en prennent pas soin, il va s'abîmer. L’idée est de le préserver sans se sacrifier, de façon à avoir un bien-être maintenu tout au long de leur carrière. Toute la richesse de cette profession est qu’on a des profils qui ne sont pas forcément les mêmes. Certains coordinateurs d’intimité étaient danseurs, chorégraphes, accessoiristes, costumiers, directeurs de casting, coach pour enfants sur plateau… On a tous un même objectif, celui de répondre au mieux à ce qui est souhaité de la part du réalisateur pour ces grands moments de vulnérabilité qui demandent un travail considérable pour les comédiens. Se sentir écouté et compris dans ces moments-là permet de débloquer des choses sans créer de nouveaux traumatismes. On est tous porteurs de cicatrices. Pour les comédiens, elles peuvent s’ouvrir à partir du moment où on leur demande de travailler le corps.

Comment adaptez-vous votre pédagogie aux différents profils des élèves du Studio Muller ?

A.F : Je vais m’aider de ma formation en communication et utiliser des techniques de façon à définir les profils avec lesquels je travaille. Cela passe par une écoute active, et non passive, et par des questions ciblées (qui es-tu, pourquoi la vocation du théâtre ou du cinéma…). Je leur demande également leur moyen d’apprentissage préféré (visuel, kinesthésique ou auditif) afin d’adapter mon vocabulaire et ma façon d’être avec eux. J’évalue ensuite leur mood, et enfin, s’il y a des douleurs physiques et si j’ai leur consentement pour travailler. Ce consentement est verbal, révocable et évolutif à tout instant.

Quel conseil donneriez-vous aux membres de Casting.fr en rapport avec votre métier de coach d’intimité ?

A.F : Toute scène d’intimité, qu’elle soit chaste, discrète, exposée ou très explicite, doit toujours servir la narration, et rien d’autre.

Un grand merci au Studio Muller de nous avoir reçu lors de ce cours.

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